La Tickford Connection

Tout commence le jour où Guillaume Vilacèque, dans le N° 29 de Land magazine, découvre une photo prise par M. Billeau d'un Land Rover 80 Station Wagon carrossé par Tickford. Le commentaire indique que ce Land se trouvait encore en Croatie il y a 2 ans...
Lundi 6 janvier.
J'entâme les investigations. Premier soucis, o­n ne peut pas joindre par téléphone M. Billeau afin d'obtenir quelques informations sur ce Tickford mais le nom de son lieu de résidence qui figure sous la photo n'est qu'à trente Kilomètres de chez Raymond Cochard (grand Gourou du Series o­ne), qui se trouve justement ce jour-là en compagnie d'Arnaud Baclé, autre chasseur de Series o­ne !
Mardi 7 janvier.
Ils se rendent tous deux sur place, retrouvent l'adresse précise de M. Billeau et lui laissent un petit mot dans sa boite aux lettres. Le soir même M. Billeau rappelle Raymond et lui annonce qu'il peut envoyer un fax du plan de l'endroit où se trouve le Tickford, en précisant qu'il se situe sur une île. Là, je me dis qu'une île ne devrait pas être très compliquée à trouver... Erreur, o­n dénombre pas moins de 1200 îles en Croatie !!
Jeudi 8 janvier.
Je reçois le plan par fax et je localise le nom d'un village: Babino Polje. Après recherches sur Internet, ce village se trouve sur l'île de Mljet, proche de Dubrovnik. Toujours sur Internet, je trace un road-book pour évaluer la distance: 2000 km. Ce n'est pas si loin, et pourtant Dubrovnik est la ville la plus au sud. Ne parlant pas croate (on a tous ses défauts J) je m'inscris sur un chat croate en anglais où un internaute me fourni le numéro de téléphone du maire de Babino Polje.
Vendredi 10 janvier.
Bonne surprise, celui-ci parle anglais et me donne le numéro du directeur de l'Office du Tourisme. Après de multiples tentatives j'arrive enfin à le joindre. J'apprends que le Land est toujours là et qu'il connaît la propriétaire, Mrs Magdalena, docteur sur l'île et qui parle elle-même très bien l'anglais. Après quelques tentatives pour la joindre, le téléphone sonne enfin... Mon cœur palpite, c'est l'instant de vérité; Je vais enfin savoir s'il y a possibilité d'acheter le Tickford.
Elle me confirme : " Oui, mais le véhicule est en très mauvais état, quelqu'un a pris les roues et un hollandais sont venu prendre le moteur pour le mettre sur un Land identique "… J'accuse le coup. Je réfléchis (au moins 2 secondes J) et lui annonce que je viens le chercher mi-Février. Elle me propose alors de faire des photos et me demande mon Email (waouwh!) afin que je sois convaincu de ma décision (mais j'suis sûr M'dame !!).
A présent, il faut préparer sérieusement le voyage...
Arnaud Baclé, membre de notre groupe, le Locus Solus Mobilum, s'est tout de suite porté volontaire. J'expose notre projet à Jean-Paul Laenen de JP Land. Il m'annonce qu'il tient également à faire partie de l'aventure " J'aime les sorties de grange et il y a un moment que je n'ai pas voyagé ", nous confie-t-il. Jean-Luc Martinez (Locus Solus Mobilum), un autre passionné de Land intègre également le projet et nous attendons confirmation de notre ami Yasmin, croate dingue de Land. Mon Disco récemment acheté me laisse en plan avec une très vilaine fuite de boîte de vitesses (carter principal fendu) Jean-Paul me propose d'utiliser sans brave 130 et son plateau. Les pays à traverser sont dans l'ordre: l'Italie, 30kms de Slovénie et nous sommes en Croatie. Il y a juste une enclave de 8km de Bosnie à traverser pour laquelle il nous faut un passeport. Au total, depuis chez JP Land, 1600 km à parcourir. Dix jours se passent et toujours pas de nouvelles de Mrs Magdalena...
Jeudi 23 janvier.
Un soir je reçois un E-mail de l'Ambassadeur de Hollande en Croatie... C'est lui qui a prélevé le fameux moteur sur le véhicule, il a été avisé de mon projet par Magdalena. Au titre de propriétaire lui-même d'un Series, il m'établit une description détaillée du Tickford. Il n'a retiré en fait que la culasse et la pipe d'admission, plus quelques accessoires. Mais il m'annonce que le Land de 1955 (?) a été entièrement modifié en " Jeep ", certainement à l'occasion d'un carnaval local... " A part les ailes en très mauvais état et le capot, plus rien n'est d'origine " me révèle-t-il. Là je tombe de haut, le Land aurait donc tellement changé depuis la photo parue dans Land Mag? Je commence à remettre sérieusement en cause notre voyage. Mais non, ce n'est pas possible, le hollandais bien qu'ayant lui-même un Series o­ne n'a certainement pas connaissance de l'existence des modèles carrossés par Tickford. Je n'arrive toujours pas à joindre Magdalena, et dois absolument avancer dans les démarches administratives. Il me faut les papiers du Land, un acte de vente et ensuite me renseigner sur les formalités douanières. Toutes mes questions à ce sujet, à l'Ambassade de France en Croatie et l'ambassade de Croatie en France, restent sans réponse. Je suis vraiment inquiet quant au rapatriement en France du Tickford...
Vendredi 24 janvier.
Ayant un peu de mal à contenir mon impatience, je continue à me documenter sur la Croatie et j'achète le " Guide du Routard. En parcourant le chapitre sur Dubrovnik je tombe sur le numéro de téléphone d'un certain Ivo Jelic, professeur de son état, homme érudit et jovial qui semble connaître tout et tout le monde à Dubrovnik... Je me dis que c'est l'homme de la situation pour m'aider dans ces démarches. Effectivement il m'offre tout de suite son soutien de façon très amicale. Cette approche inhabituelle le séduit. Il me révèle qu'il aime les gens passionnés et assez fous au point de faire un tel trajet simplement pour une " voiture " Ivo me propose enfin de prendre lui-même contact avec Magdalena dans le but de la soulager de toutes ses tracasseries administratives. Entre temps le directeur de l'Office du Tourisme m'a renseigné sur les horaires du bateau journalier de Dubrovnik pour Mljet, la possibilité d'y embarquer le 130 avec le plateau, le couchage sur place qui, en cette saison où les hôtels sont fermés, s'effectuera chez l'habitant. Le bateau devrait être à quai à 6 heures du matin et arriver à Mljet à 8 heures. Nous passerons donc 24 heures sur L'île. Retour prévu le mardi matin sur Dubrovnik où nous espérons passer la journée. Il nous faudra également trouver un parking suffisamment grand et sécurisé pour notre attelage.
Lundi 3 février.
Je reçois un Email d'Ivo qui m'annonce avoir pris contact avec Magdalena. Cette dernière l'informe que la personne responsable administrativement du Tickford est le directeur de l'Institut Médical de Dubrovnik. Ivo semble très bien connaître cette personne et demeure très confiant quant à la possibilité d'établir les papiers de cession du véhicule. La vente devra se faire chez un notaire. Pour le reste, l'ensemble des documents se déclinera à partir de cet acte de vente. Je téléphone à Jean-Paul pour voir si la Croatie est bien mentionnée sur sa carte verte (c'est obligatoire) Aux dernières nouvelles d'Ivo, le directeur de l'Institut est prêt à tout mettre en œuvre pour nous aider mais il semble déjà qu'il y ait un problème avec la carte grise et qu'il faille passer par un transitaire sur place (chose qu'il me faudra faire à nouveau dès notre arrivée en France) Ils sont à la recherche d'un document qui pourrait faire office de preuve que le véhicule appartienne effectivement à l'Institut. Un simple certificat d'assurance pourrait peut-être faire l'affaire mais Ivo paraît plus inquiet pour notre arrivée en France que pour la sortie de Croatie. Ici la FFVE devrait pouvoir solutionner ce problème.
Lundi 10 février.
JP me téléphone et m'annonce qu'il est sérieusement malade, et qu'il espère être rétabli pour vendredi. Nous choisissons de passer par la Côte d'Azur afin d'éviter les bouchons des sports d'hivers. Il y a 180 km de plus mais le risque d'être bloqué dans les bouchons disparaît. Nous nous fixons pour objectif d'essayer d'arriver le dimanche en fin d'après midi à Dubrovnik, de prendre le bateau de 18 heures et de gagner ainsi 24 heures sur le programme. J'appelle Ivo pour prendre des nouvelles des papiers, il n'a besoin que du numéro d'immatriculation pour compléter ses démarches. Il va voir ça avec Magdalena. Nous discutons un peu au téléphone et j'apprends qu'il est un ancien membre du parlement, et qu'il a abandonné la politique. Il me raconte l'histoire de l'île de Mljet, d'Ulysse et de Saint Thomas qui y o­nt séjourné. Je suis impressionné par tant de culture. J'en suis au stade où la rencontre d'Ivo Jelic me motive presque autant que la récupération du Tickford... Ben oui, y'a pas que les Land dans la vie !!. Tout semble prêt pour le départ, nous ferons le change sur place, le nouveau road-book semble au point, le temps est de plus en plus long.
Vendredi 14 février.

Rendez-vous à la maison, le départ de Normandie en direction de chez JP Land à la Roche en Régnier se fera dans la nuit.

Samedi 15 février.
15 heures, chargement du 130, la benne est à bloc! Jean-Paul nous propose une halte pour examiner son Tickford, actuellement le seul modèle présent en France. C'est une chance inouïe de voir un Tickford dans un tel état de conservation! Nous lui manifestons notre joie d'aller chercher "son frère" en Croatie. 15h30, nous décollons. Le 130 de Jean Paul se comporte à merveille, nous nous relayons au volant et apprécions les qualités routières de l'overdrive GKN ainsi que le confort du 130. Il fait beau, une ambiance de départ en colonie de vacances s'installe. 20h, arrivée à Menton, la traversé de l'Italie se fait de nuit et par autoroute. Nous souhaitons traverser la frontière de jour, une première pause dodo de 3 heures à Venise sur le bord de l'autoroute.
Il reste 100 km avant la frontière slovène. L'ambiance est toujours bon enfant mais le passage à la douane slovène modère un peu nos émotions; le fait de passer par un petit poste de douane n'est pas une très bonne idée, quatre bonshommes dans un Land 130 avec un plateau vide, il y a de quoi se poser des questions... Le problème de la langue s'installe, nous nous retrouvons sans nos passeports, la benne du Land est entièrement fouillée, la caisse à outils excite la curiosité du douanier. Il va et vient plusieurs fois et nous rend enfin nos passeports avec un sourire.
Dimanche 16 février.
La sortie du territoire slovène et l'entrée en Croatie se déroulent sans encombre. A peine entrés en Croatie, nous découvrons un paysage somptueux. Au détour d'un virage, une immense vallée et au loin se dessine une montagne enneigée que nous longerons pendant les 700 km qui nous restent à faire. Notre objectif est de longer la côte Adriatique, ce que nous ferons depuis la ville de Rijeka. 14 heures, pause repas sur le bord de la route puis petit café (tellement bon que nous en ferons une véritable cure !) Depuis peu, un fort vent glacial s'est levé. Nous continuons notre route mais en sortant de Rijeka une voiture de police est en travers de l'unique route. Elle nous en interdit le passage mais face à notre incompréhension, la police cède et nous laisse passer en nous faisant signe de la main, de rouler doucement. Nous ne mettons pas longtemps à comprendre, nous nous retrouvons au beau milieu d'une tempête de neige et de violentes bourrasques de vent.
Le 130 est difficile à tenir et la route sinueuse du bord de mer est très dangereuse. Il n'y a que très peu de barrières de sécurité en rapport aux nombreux précipices. L'Istrie et la Dalmatie sont coincées entre l'Adriatique et la montagne, et le vent violent du Nord balaie régulièrement le sommet enneigé, portant la neige jusqu'au littoral. Le paysage est splendide, chaque virage nous dévoile de petites criques habitées. La route commence à nous sembler interminable, nous distinguons au loin un pont qu'il nous prendra plus d'une heure à atteindre. Nous arrivons à Zadar où nous découvrons les stigmates de la guerre; la vision de ces dizaines de maisons éventrées nous impressionne.
A bord, le calme s'installe. En direcytion de Zadar nous pensons à notre ami Yasmin qui n'a pu se joindre à nous et à ce qu'il nous a raconté de cette région. La nuit commence à tomber, il nous faut du gas-oil. Nous sommes dimanche et bientôt 18 heures, nous nous arrêtons à la prochaine station. Nous n'avons toujours pas de Kuna, comment régler le plein ? Le caissier ne parle pas un mot d'anglais, mais me fait un signe du pouce quand je lui parle d'euros. Sauvés!Nous continuons notre route et cherchons un restaurant (je dois une pizza à tout le monde à la suite d'un pari perdu!). Nous tombons sur un restaurant en bordure de route, ce qui sera plus aisé pour garer le 130 et son plateau (il faut les caser les 13 mètres de l'ensemble!) Sur le parking du restaurant deux 110 Station Wagon de la Croix Rouge, " pour sûr, c'est une bonne auberge !"
Effectivement, repas délicieux, service et ambiance chaleureuse, le charme croate agit, notre repas s'éternise et la serveuse nous apprend les rudiments de la langue croate: bonjour, au revoir et merci que nous aurons beaucoup de mal à prononcer. Les hommes s'agitent devant un match à la télé. 21 heures, nous remontons dans le Land, le vent s'est calmé. Nous traversons Split où nous nous faisons contrôler par la police, passeports, tour du véhicule, merci au revoir... Nous approchons de la frontière De Bosnie et Herzégovie ce qui nous inquiète un peu (encore plus depuis l'épisode slovène) Le pays est en pleine reconstruction et l'accueil des touristes est très important, ainsi, le bar-restaurant où nous snous arrêtons est ouvert 24h/24h et 7j/7j. Une heure du matin, nous reprenons la route, en pleine montagne, désert complet. Nous arrivons au poste frontière croate et passons quelques kilomètres plus tard la frontière bosniaque. A nouveau un poste de douane pour entrer en Croatie, c'est le dernier vers notre destination. La route sinueuse de bord de mer nous amène inexorablement vers notre destination finale, Dubrovnik. 3 heures du matin, nous passons sur le superbe "pont de Dubrovnik ", ressemblant un peu au " pont de Normandie ". L'arrivée de nuit vaut le détour, la magie opère. Nous traversons une partie de la ville et nous dirigeons vers le port où nous sommes accueillis par le gardien du parking qui nous offre le thé et nous renseigne sur le bateau du lendemain qui n'est pas à 6 heures comme prévu mais à 14 heures. o­n gare le Land et vers 4h30, dodo!
Lundi 17 février.
Le matin à 8h30, il fait toujours très froid, et le café n'arrive pas à nous réchauffer. J'appelle Ivo, il attendait mon coup de fil et nous rejoint dans un café sur le port. Nous découvrons un homme particulièrement chaleureux, et ce qui nous intrigue le plus, reconnu de tous. Il a suffit qu'il entre dans le café bondé pour que des tables se libèrent, qu'il soit salué chaleureusement. Nous programmons notre journée du lendemain où il viendra nous attendre au bateau dès notre débarquement à 8h00. Pour l'instant, il improvise une petite visite guidée des abords du port, il connaît tout, les dates de constructions des bâtiments, leur histoire. o­n ne peut pas faire 5m sans que quelqu'un vienne à sa rencontre, le saluer. Il connaît tout et tout le monde, du mécanicien des autobus au directeur des douanes... C'était bien lui, l'homme de la situation !
Les billets pour le bateau en poche, nous nous plaçons dans la file d'attente au milieu des camions, et nous nous restaurons dehors d'un bon pain fraîchement acheté. Il fait très beau et une douceur printanière flotte dans l'air. 13h30 nous embarquons sur le petit Ferry, parmi les derniers, et nous nous installons sur le pont afin de profiter du paysage. Nous ne sommes pas déçus, les îles se dévoilent, les unes après les autres, "Biquet" croit voir le mont Saint-Michel et se croit toujours en Normandie... Le bateau fait une escale à Kolocep où quelques vieux camions soviétiques descendent chargés de matériaux de construction. Le bateau reprend son cap, et nous apercevons au loin l'île de Mjlet où nous devons accoster, au port de Sobra. L'île paraît immense, elle fait 30 km de long sur 5 de large. Nous disposons de suffisamment de temps pour la découvrir. L'île est très montagneuse, et o­n comprend mieux la nécessité pour le médecin de l'époque de posséder un 4x4. Nous avons l'impression d'être loin de tout et nous nous posons la question de savoir comment un Tickford a pu atterrir dans ce lieu au bout de nul part.

Dès le débarquement à Mljet, Nikolas est sur le quai et nous attend. Je n'avais pas réussi à le joindre depuis plus de 2 semaines et malgré tout il était là, à la date initialement annoncée. Nous ne perdons pas de temps, il nous demande de le suivre voir le Tickford, car la nuit arrive vite. Nous le suivons bien volontiers! Il y a environ 8 km à faire sur une petite route de montagne, sur le bord de laquelle se trouvent de nombreuses épaves de voitures qui nous procurent à chaque fois de fausses joies, nous sommes tous surexcités et la moindre épave sur le bord de la route nous fait faire des bons! Le soleil dans les yeux, le moindre toit de 4L semble être celui d'un Tickford! Jean-Paul découvre même une Renault 18 TLS, introuvable en France, et envisage de venir prochainement la chercher J Nous arrivons à Babino Polje. L'étroitesse des voies ne nous laisse que quelques centimètres pour le passage du plateau. Nous croisons au détour, des ânes chargés de bois, nous passons devant la nouvelle ambulance et au sommet de la montagne, sur la crête, illuminé par le soleil couchant, trône le Tickford...
Exclamations de joie, il est là ! iL Semble nous attendre sagement depuis si longtemps... Nous l'examinons sous tous les angles mais il faut déjà songer à procéder à son chargement. A cet instant une 4L s'arrête à notre niveau, le chauffeur parle à Nikolas qui me demande de le rejoindre. Le chauffeur descend et ouvre le hayon, le coffre est plein de pièces de Land. Il y a une calandre premier modèle avec un radiateur de 1949 et un réservoir de 80 le tout en assez bon état, ce qui est relativement rare... Nous tentons de questionner Nikolas sur la provenance de ces pièces mais le jeune chauffeur n'en sait pas plus, il les a trouvés dans le garage où il travaille. Cet épisode nous perturbe un peu, et Arnaud ne cesse de penser à l'éventuelle présence d'un autre Land dans les parages. Nikolas est formel, il n'y a pas d'autres Land sur Mljet. Magdalena arrive et nous demande de la suivre pour visiter le centre médical d'une tenue irréprochable et doté de nombreux équipements.
Pendant ce temps, Arnaud et Jean-Luc dégagent le Land d'un tas de sable blanc (Ce que je pensais être de la neige sur les photos) avec la pelle de Jean-Paul. Le Tickford est libéré de sa gangue puis hissé péniblement sur le plateau. Une des roues est d'un diamètre supérieur, et les quatre pneus de marque YUGO, crevés, sont sur le point de déjanter. Il fait nuit noire et il faut penser à rentrer. Nikolas a tout prévu, nous dormirons chez l'habitant, chez une belle grand-mère, qui nous accueille avec un alcool maison (une sorte de Brandy). Elle nous a préparé un excellent repas composé d'une soupe délicieuse et réconfortante (il fait vraiment très, très froid) de la biquette avec des pommes de terres sautées et en boisson, un vin local.

Mardi 18 février.
Petit déjeuné avec un café turc froid avec "comme une deuxième couche à l'intérieur", le Thermos n'a pas résisté à la température extérieure, beurre trop dur pour être tartiné, bref l'impression d'avoir dormi dans le compartiment à légume du frigo... Nous nous dirigeons vers le port et embarquons sous le regard curieux ou amusé de certains badauds. Pour ma part, j'ai l'impression de leur enlever une partie historique du patrimoine de l'île, mais nous pensons qu'à terme les épaves vont commencer à poser des problèmes sur Mljet (En grande partie un parc naturel) Arrivée à Dubrovnik. L
e Tickford est débarqué sur le port et un groupe se forme autour de nous. Les questions fusent, un collectionneur est furieux d'être allé plusieurs fois sur Mljet et de n'avoir pas pu découvrir le Land. Ivo est présent, coiffé de son béret basque, il observe la scène et vient nous assister. Nous garons le 130 et entamons nos démarches administratives. Chaque instant passé auprès d'Ivo est enrichissant, le trajet en bus est une véritable visite guidée où nous apprenons le passé de cette ville et de sa population.



Première étape à l'Institut Médical où le directeur nous attend. Ivo nous présente au directeur, médecin de son état, qui est intéressé par l'inscription figurant sur la carrosserie du 130 de JP: " Docteur des Land Rover "Première bonne surprise, le directeur de l'Institut a déjà fait rédiger l'acte de vente par un ami avocat ce qui nous évitera de nous rendre chez un notaire. Nous sommes dans son bureau en attendant la rédaction définitive de l'acte (j'avais pris la précaution d'envoyer toutes mes coordonnées afin de prendre un peu d'avance), café, remise officiel de l'acte de vente avec photos, et nous filons à la police pour trouver l'immatriculation du Land. Même démarches auprès des assurances mais toujours pas de résultats. Nous apprenons par ailleurs qu'il n'y a pas de Land Rover de cette époque encore assuré en Croatie. Ivo préfère accomplir seul les démarches auprès de la douane et nous invite à l'attendree au café au "Faux Témoin", nom officieux du bar qui se trouve à proximité du palais de Justice. Ivo présente l'acte de vente aux douaniers qui semblent se satisfaire de ce document. Mais nous devons toujours nous rendre chez le transitaire, c'est encore là un ami d'Ivo, un ex-champion d'Europe de Judo, au physique impressionnant. Là encore, l'accueil est chaleureux, il faudra 2 bonnes heures pour rédiger l'acte de dédouanement, et une dégustation d'alcools locaux s'improvise. Nous en apprenons un peu plus sur Ivo. Il a été le premier membre du parlement à fonder secrètement, un soir dans un café, le premier parti politique non communiste qui fut très actif dans la chute de l'ancien gouvernement. Il a également joué un rôle important dans la sauvegarde de Dubrovnik pendant la guerre. Les papiers sont prêts, mais il faut encore les faire valider par la douane qui doit voir le véhicule. Il est 14h00, Ivo nous propose une visite du vieux Dubrovnik, une pure merveille classée au patrimoine mondial de l'humanité. Nous mangeons dans un restaurant traditionnel (pas de pâtes, ni de pizzas!) Ivo reçoit un appel du transitaire, chose incroyable, les douaniers sont allés voir le Tickford, contrôler le numéro de châssis et viser les documents sans que l'on ait à se déplacer. Nous profitons donc de cette aubaine pour achever notre visite et déguster des pâtisseries locales. Jean-Paul, Jean-Luc et Arnaud continuent leur balade et je me joins à Ivo pour récupérer les documents et régler la facture. Nous sortons des remparts de la vieille ville. L'homme nous attend, une enveloppe à la main, tout y est et je lui remets l'argent, le tout juste en face d'une voiture de police qui aurait pu s'étonner des conditions d'une telle transaction

Nous retournons avec Ivo au Tickford, l'heure du départ approche et il est temps de faire nos adieux. Nous faisons une dernière photo avec Ivo et son drapeau de Saint-Blaise (saint patron de Dubrovnik) Nous nous promettons de nous revoir, nous sommes certains de revenir prochainement tant l'accueil qui nous à été réservé fût exceptionnel. Il faut dire que sans l'intervention d'Ivo Jelic, il nous aurait fallu sur place une bonne semaine pour la paperasse, sans la certitude de pouvoir repartir avec le Land. 18h00, nous reprenons la route sous un magnifique coucher de soleil sur Dubrovnik. Nous approchons du premier poste de douane, un peu inquiets, les documents suffiront-ils ? OUI !
Le 130 peine un peu plus avec la charge du Tickford sur ces routes de montagne. 22h00, nous nous arrêtons pour manger et reprenons notre route en suivant une voie indiquée par le transitaire qui nous évitera une bonne trentaine de kilomètres mais nous fait rentrer un peu plus dans les terres. Vers 4h00 nous stoppons pour dormir.

Mercredi 19 février .
Réveil devant un arrêt de Bus, dans un petit village, . Pour gagner un peu de confort Jean-Luc et Arnaud o­nt dormi dans la benne. Il a fait très froid cette nuit, les vitres du Land sont gelées, et il est éprouvant de sortir des duvets. Sauf pour Jean-Luc qui avait choisi le modèle "Jean-Claude Duss" efficace à partir de +20° J. Le soleil levant nous réchauffe avec difficulté. Nous reprenons la route sous de splendides paysage et nous sommes désormais du bon côté de la route, côté montagne, donc un peu plus à l'aise qu'à l'aller. Le poids de notre attelage nous rappelle cependant à l'ordre quand nous sollicitons le frein moteur.


Après quelques courses à Rijeka, nous arrivons vers 20h00 à la douane croate, sortie sans soucis et nous nous présentons en Slovénie. Après quelques moultes négociations un douanier nous établit le certificat de dédouanement pour 23 euros, plus 5 euros de "pour boire"! o­n ne traîne pas en Slovénie. Il n'y a que trente kilomètres mais le peu que nous connaissons de ce pays ne nous donne pas envie de faire du tourisme. Voilà la douane, o­n remet à nouveau les documents, tout va bien, o­n peut enfin se diriger vers l'Italie. Nous voilà libérés, l'esprit plus léger, ce qui ne fait pas avancer le 130 plus rapidement pour autant ! La route nous semble interminable, nous en sommes à 3700 km depuis samedi et à une moyenne de 4 heures de sommeil par nuit, la fatigue se fait très présente...
Nous choisissons Brescia pour notre "notte" italienne, Jean-Luc et Jean-Paul dans le Land, Arnaud et moi dans la benne. Une fois de plus, il fait très froid, et dormir sur les sacs de nourritures et les caisses à outils, avec les pieds qui dépassent un peu ne se révèle pas très confortable, mais bon, nous sommes vraiment crevés...

Jeudi 20 février.
Nous roulons toute la matinée avant d'atteindre la France. Juste avant Menton un Discovery italien nous double avec appels de phares, coup de klaxon, au vue des gestes qu'ils nous font nous nous doutons qu'ils o­nt pris conscience de la rareté de notre cargaison. Cette marque d'attention nous fait chaud au cœur. Sur la route nous nous arrêtons à Vidauban, chez Michael (Version British), juste une petite visite pour lui demander conseil sur mon dernier achat en prétextant ne pas être certains de l'origine de mon acquisition. Michael est heureux de nous voir et très étonné de ma démarche nous suit vers l'attelage… En découvrant le véhicule, il fait des bons, tourne autour du Tickford, dessus, dessous... Un passionné, quoi !
Nous faisons une halte réparatrice au Lavandou. Le lendemain matin nous prenons enfin le temps de regarder le Tickford en détail. C'est une très bonne base de restauration. Le châssis est très sain, la sellerie est complète, mais à refaire. Il manque de nombreux éléments d'habillage intérieur. La porte arrière refuse de s'ouvrir et ne nous permet pas d'accéder aux deux petits coffres qui se trouvent sous les sièges.

Le Land part ensuite à la Roche en Régnier pour la plus grande concentration de Tickford en France. Il y passera 2 semaines à côté de son "petit frère" en se promettant mutuellement de se revoir le plus souvent possible. Nous prenons enfin le temps de l'examiner encore plus en détail et voilà le bilan général : Le Tickford est recouvert d'une bonne dizaine de couches de peinture dont la dernière est noire mat des inscriptions et une croix grossièrement peintes en blanc sur les flancs et le tablier. Le Land a certainement du être transformé en corbillard pour les besoins du Carnaval de Dubrovnik de 1998, la dernière fois où il a roulé. Il est relativement complet, le châssis est très sain, seuls les "outriders" sont un peu rouillés et le longeron avant gauche tordu, suite à un choc. Le tablier lui a beaucoup souffert sur sa partie supérieure, les montants de pare-brise sont en très mauvais état et le vide poche a sauvagement été découpé pour adapter des moteurs d'essuie-glace. Le tableau de bord n'est plus là. Les intérieurs de portes sont absents, une poignée de porte, une glace et le mécanisme manquent à l'appel. Les sièges avant sont présents, complets mais à refaire. Les sièges arrières sont d'origine Land mais ce n'est pas le modèle Genuine ! Le tablier possède des trappes d'aération. Le Tickford n'en a en principe pas, mais la qualité de cette réalisation nous laisse dubitatifs sur leur origine. Soit elles o­nt été réalisées par un carrossier local et dans ce cas, c'est un orfèvre en la matière, soit Land Rover a fait une tentative dans ce sens car la clientèle de l'époque reprochait l'absence cruelle d'arrivée d'air. Les pommeaux de leviers de transferts et de blocage de transmission avant rouge et jaune sont en aluminium, il s'agit peut-être d'un des premiers modèles avec ces deux commandes.

Côté compartiment moteur, la culasse est absente ainsi que la pipe d'admission, le carburateur, le filtre à air, la pompe à essence, le régulateur, la bobine d'allumage, etc… Les cylindres à l'air libre depuis plus d'un an sont un peu rouillés. Le cache culbuteurs des soupapes latérales n'est plus là non plus, ainsi que la pompe à eau. Le tableau pourrait paraître sombre mais les éléments les plus rares sont sur le Land. Seuls quelques détails sont manquants mais un bon nombre d'entre eux ne sont pas des pièces uniques au 80 Station Wagon, ni à Land Rover. Ainsi les poignées de porte sont les mêmes que sur les Rover P3 des années 40. Pour d'autres pièces manquantes, comme certaines sont par paires, il sera toujours possible de faire une copie. La vitre et le mécanisme lève-vitre par exemple. Pour la mécanique, elle est identique au Land Rover 80 1.6 litres, pas forcément simple à retrouver mais possible.


La pièce absente qui semblait le plus improbable à retrouver était le couvre roue de secours en aluminium. Cette pièce rarissime a entre-temps été découverte en Angleterre auprès d'un personnage illustre dans le monde du Land...
Pour l'instant la restauration va commencer par la collecte d'un maximum de pièces manquantes. La structure de la caisse et des portes, en bois, nécessite aussi une rénovation complète.

Bilan du voyage :
4300 km de chez JP Land à Mljet + 1300 km de Normandie à chez JP, Aller et retour.
X litres de Gas-oil !
3 repas au restaurant et un chez l'habitant.
4 nuits dans le Land 130 (16 heures) et une chez l'habitant (4 heures)
7 repas au "cul du Land".
5 jours de voyage, soit 120 heures, dont 80 heures dans le Land sans retirer les pauses repas.




Cet article provient de Landmania
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