Le voyage aux Mille Sourires

Après 17.000 kilomètres parcourus à travers le Maroc, la mauritanie, le Mali et le Burkina Faso, Albans et Isabelle nous raportent ce somptueux reportage de leur périple. Après avoir attendu que Gwennaelle, leur fille, soit agée de 2 ans, il leur tardait de retrouver enfin l'afrique est ses espaces vierges qu'ils avaient quitté en 1997. Le raid a duré deux mois, à bord d'un vaillant 110 200Tdi préparé pour l'occasion.
Ils passent rapidement l'Espagne en direction d'Algecias, porte d'entrée du continane africain où ils retrouvent leurs compagnons de voyage Georges et Danielle équipés d'un Defender 300Tdi. Un saut de puce en direction de Ceuta (Sebta) et les voilà en Afrique...
Textes et photos : Albans Gaudy

Gwennaelle dans le 110 familial...

Le passage de la frontière Marocaine n'est plus qu'une simple formalité en 30mn tout est bouclé. C'est toujours avec le même plaisir que nous traversons le Maroc et ses terres de couleur . Arrêt à Marrakech, ville symbole où coutûmes et modernité se mêlent à tous les coins de rue. Son souk, lieu de commerce journalier avec ces épices et senteurs d'orient est un régal. Nous dormons au coeur de la ville à deux pas de la Koutoubia et de la place Jemaa-El-Fna, lieu de spectacles nocturnes et animations continus. Premier réveil matinal par le Muezzin. Nous bifurquons en direction de Ouarzazate par une petite piste dont le Maroc a le secret, des paysages vallonnés, c'est l'Anti- Atlas. Nous retrouvons les maisons ôcres ornées de créneaux blanc aux extrémités et de volets bleu turquoise. Nous reprenons peu à peu la route du Sud vers le Sahara Occidental. Arrivée à Laayoune, je fais mes premières heures de mécanique pour remplacer le joint spi sur la fusée. Petit tracas vite oublié quand nous apercevons les premières Barkhanes en direction de Dakhla passage obligatoire pour la MAURITANIE. Nous roulons depuis 800 Kilomètres en bordure d'une côte échancrée à vif, le paysage est entre mer et terre parsemée de pêcheurs dans leurs cabanes de toile en tout genre à l'affût du poisson depuis la falaise. Après de nombreux contrôles de Police, Gendarmerie, Douane, nous arrivons à la presqu'île de DAKLA la veille des jours de convois pour effectuer toutes les formalités , ce qui nous laisse le temps de faire quelques courses et notamment une orgie de daurades et de langouste. Enfin, le convoi toujours aussi dispersé pendant 370 kilomètres, et comme d'habitude nous ne sommes pas déçus, c'est toujours aussi folklorique. Rencontre avec les anciens rebelles sahraouis reconvertis dans le commerce et leurs 109 invariablement chargés...
Arrivée dans la soirée au Parking sous escorte militaire pour une nuit au milieu de nulle part. Le lendemain les Marocains nous restituent nos passeports c'est l'entrée en Mauritanie par une petite piste bordée de mines, une agréable surprise nous attend, puisque désormais toutes les formalités se font à la frontière.

LA MAURITANIE
Nous filons par le banc d'arguin, paysage de sable et de dunes étendues à l'infini, tout est immense nous avons l'impression de traverser des décors jamais foulés par l'homme, 200 kilomètres de désert pur. En Mauritanie les nuits participent à la magie du voyage, le ciel étoilé accompagné de sa voie lactée est un régal, le silence est absolu tous nos sens reprennent vie. Il nous reste 200 kilomètres de plage à parcourir avant Nouakchott, le passage à marée basse est obligatoire et les dévers ne stoppent pas notre Land, il se trouve dans son élément naturel. Nous soulevons des nuages d'oiseaux de toutes sortes (mouettes, goélands, cormorans, pélicans...) et croisons les pêcheurs avec leurs fines barques décorées c'est un arc en ciel de couleurs . Arrivée en ville le soir petit tour au port artisanal pour assister au retour des pêcheurs l'ambiance est folklorique, très vivante.
Sur la route de l'espoir, qui est en faite le cordon ombilical vers le Mali, o­n trouve des dégradés de sable rouge, ocre, rose et blanc avec en toile de fonds les khaïmas des nomades et leurs nombreux troupeaux ( chameaux, chèvres, moutons, et vaches). Puis, peu à peu, le goudron disparaît pour une route dégradée et des ponts souvent effondrés, notre progression est lente, les camions surchargés laissent d'énormes ornières sur les pistes parallèles, nous ne croisons plus que des taxis brousse et la poussière. De Magta'Lahjar à kiffa par la passe de Djouk nous bordons le Tagant et ces rochers spectaculaires. Puis Kiffa , Tintâne , Ayoûn el Atroûs jusque Timbedgha qui est notre porte de sortie vers le Mali afin d'éviter trop de formalités à Nema. Nos bivouacs sont de plus en plus beaux au milieu de plateaux tabulaires même si nous avons retrouvé les "cramcrams" Nous empruntons une petite piste à travers la savane en direction de Nara, les Land o­nt du mal, nous restons posé sur les ponts à plusieurs reprises dûes aux ornières des camions il nous faudra la journée pour faire les 170 kilomètres qui séparent la Mauritanie du Mali.

LE MALI
Etant en possession du visa depuis la France notre entrée fut grandement simplifiée, nous sommes loin des nombreux contrôles entre le Maroc et la Mauritanie. Formalités faites à la douane et la Gendarmerie en une heure de temps les "babous" sont de retour. Chaque village traversé est un plaisir les maliens sont accueillants à souhait, les femmes colorées de leur boubou sont débordantes de gentillesse ainsi que les enfants. C'est par une longue piste en latérite bordée de termitières géantes qui montent à l'assaut du ciel, que nous allons rejoindre Bamako. Mais celle-ci se dégrade au fur et à mesure que l'on s'approche de la capitale les trous sont tellement nombreux que nous dépassons rarement les 30 kilomètres de moyenne, le Land est rouge de latérite intérieurement comme extérieurement. A Bamako, les formalités administratives faites nous filons en direction de Segou, capitale de l'ancien empire bambara, où nous abandonnons notre Land pour une balade en pirogue sur le fleuve NIGER et la visite du village des potiers de Kalabougou. C'est la fin de la saison des pluies nous visiterons Djenné village protégé par l'eau du bani encore une fois avec la pirogue l'accès à gué avec le Land étant impossible. En direction de Gao nous espérons rencontrer les éléphants dans la région de Hombori, mais le contact fut difficile, à la recherche d'un guide nous avons atterri chez deux gendarmes complètement ivres par la bière de mil ou "Dolo" ce qui nous valut de longues discussions. Enfin ils nous libèrent ne trouvant pas le tampon...
En route pour le pays Dogon par Douentza , Diankabou , Madougou, nous avons choisi cet itinéraire étant moins fréquenté par les touristes. La piste est superbe entre les plateaux , les dunes, les cours d'eau alimentant les champs et les mares de nénuphars en fleur. Arrivée à Banani par les petits chemins, qui nous font enclencher les courtes, le plus souvent empruntés par les ânes et les vélos nous évoluons au milieu des champs de sorgho et de mil traversants parfois des rivières à gué la végétation est luxuriante nous sommes en plein pays Dogon, au pied de la falaise de Biandagara qui s'étend sur plus de 200 Kilomètres. C'est ici que nous découvrons une civilisation vieille de 14 siècles, des constructions chargées de symboles avec leur petit toit de chaume pointu, mais aussi les cases à palabres ou l'accès est réservé aux hommes initiés ou l'on règle les conflits du village. A même la paroi ce sont les tellems prédécesseurs des dogons qui avaient construit de véritables nids d'aigle aujourd'hui abandonnés. Encore plus haut des grottes servent de nécropole. Pendant trois jours nous évoluons sur des chemins étroits et techniques ou parfois notre land disparaît sous une végétation très dense. Nous enchaînons les bivouacs toujours aussi splendides avec une population qui nous envoûte par sa décontraction. C'est par une piste sablonneuse en direction de Koro que nous allons laisser derrière nous le Pays Dogon , tout en continuant à traverser de petits villages pittoresques. Nous sommes à la frontière du BURKINA - FASO (EX HAUTE- VOLTA ).

LE BURKINA
Arrivée à Tiou nous faisons les formalités habituelles très rapidement. Oh ! Surprise, personne ne nous a réclamé de cadeaux... Serait-ce l'Afrique comme o­n l'aime? En route pour Ouagadougou par la ville de Ouahigouya l'ancienne capitale du royaume Yatenga, nous rencontrons Mme Barri directrice de " la maison des femmes", qui nous explique son programme d'alphabétisation des femmes et toutes leurs activités : Tissage, séchage des fruits ,fFabrication du sirop de Bissap, et le restaurant bien sûr où l'on peut manger le Tô (plat local à base de farine de mil) ou des plats à base de mouton ou de poulet souvent accompagnés de sauce d'arachide. Les Baobabs tout au long de la route sont de plus en plus gros et nombreuses sont les qualités de celui-ci ( corde , graine à manger, le fruit maracasse, teinture.....) Ouaga Dougou capitale du Burkina ville vivante et accueillante grouillante de petits vélos en tout genre, nous profitons pour faire la vidange sur le Land ainsi que les graissages , pendant ce temps nous explorons son marché central immense, et déambulons dans toutes ses allées multicolores. Nous quittons la capitale en direction de Tiébelé lieu de l'architecture Gourounsi, petit village en frontière avec le GHANA à travers le parc national Tambi Kabore qui est en fait une forêt dense et impénétrable. Ces petits villages très typiques avec leurs maisons décorées de dessins géométriques, construites en banco en forme de huit sont un hâvre de paix au milieu de la végétation épaisse. Chemin faisant, nous effectuons une boucle au tour du Pic de Naouri guidés par un étudiant au lycée de Pô nous passerons par les chemins de mules ou peu de touristes circulent pour rejoindre la forêt de Nazinga à travers une végétation épaisse et des champs de coton. De nombreux villages avec leurs greniers à mil en forme de hutte ponctuent notre chemin tout au long de la piste, parfois accidentée, jusqu'à BOBO - DIOULASSO vieille ville coloniale et fief des musiciens.
Ici les tribus sont les Bobos et dioula ce qui donna le nom à la ville. Avec ses grandes allées ombragées il fait bon flâner à l'abri du soleil. Gardant ces coutûmes, ces traditions , la gentillesse des Burkinabé est incomparable. Des vélos et mobylettes comme à Ouaga par milliers surtout dû à la présence SIFA (Usine Peugeot de Mobylette ). Nous quittons avec beaucoup de regrets BOBO pour une incursion en pleine forêt tropicale. Une baignade dans le Kou Baoulé et son eau transparente accompagnée des petits poissons à la queue rouge , au milieu des chants d'oiseaux et d'un bruit incessant d'insectes en tout genre. Vers Banfora nous arrivons depuis le plateau offrant une vue panoramique sur la plaine et ses champs de canne à sucre. Nous bifurquons à travers les bois pour les chutes de Karfiguela ce sera notre premier orage nous apportant un peu de fraîcheur. Au marché dominical de Banfora nous arpentons toutes ces allées aux multiples senteurs et couleurs avec beaucoup de plaisir. Ici nous sommes les seuls " Toubabs " à faire le marché , les rencontres et échangent avec les enfants sont nombreuses et notre fille s'amuse beaucoup...



Nous reprenons une piste en latérite bordée d'arbres aux nombreuses vertus (Arbres à karité, Baobabs, gommiers, acacias) Pour le lac de Tengrela et ses Hippopotames, le lac est une pure merveille. Toutes ses berges sont couvertes de nénuphars et c'est avec émotion que nous ferons tôt le matin une balade en pirogue à la quête d'hypothétiques hippopotames, le bivouac était magnifique. La blancheur des champs de coton est un contraste permanent avec la nature, cependant notre piste se rétrécit peu à peu pour finir encore une fois en simple piste à vélos. Nous arrivons sur un plateau après avoir traversé des sous bois où une vue panoramique nous attend sur les falaises de Negueni. En ce mois d'Octobre nous sommes les premiers touristes de la saison et cette impression de découvrir de nouveaux horizons chaque jour est vraiment sublime. Nous rencontrons parfois des passages un peu techniques, marches, dévers, petit bourbiers mais rien d'insurmontable. Nous sommes accueillis comme des princes à chaque village il est de coutûme de se présenter au chef du village et c'est toujours avec beaucoup de curiosité que nous sommes dévisagés. Arrivée sur Sindou et ses aiguilles rocheuses nous longeons la frontière avec le Mali par de belles pistes ombragées tantôt bordées de champs de coton ou de rizières où se mélangent des champs de nénuphars. Les femmes, toujours aussi colorées, sont aux champs.
Les premières récoltes de coton commencent, c'est le dos courbé avec leur enfant dans le dos qu'elles vont faire la cueillette. Nous nous rapprochons du Mali et c'est avec beaucoup de regrets que nous quittons ce fabuleux pays "des hommes intègres", leur style de vie et leur hospitalité sont une leçon pour tous.


LA REMONTEE
De nouveau au Mali par la piste de koloko, en direction de Sikasso, Bougouni puis Bamako c'est la route des contrôles. Sur cette portion de 380 Kilomètres nous ne subirons pas moins de dix contrôles en tout genre, du ticket pour la COCAN 2002 (Coupe de Football) au ticket de parcage, aux vaccins qui ne sont pas obligatoires, mais aussi au contrôle approfondi du véhicule signifiant la présence de deux triangles de signalisation et d'un extincteur. Bamako est située dans une cuvette ce qui en fait une ville très humide et chaude ajouté à cela la pollution, le climat est difficile. Nous logeons à la mission Libanaise en plein coeur de la ville très vivante où, même ici, le goudron se fait rare. Nous effectuons nos dernières formalités afin de prolonger le Visa malien et d'obtenir un nouveau visa pour la République Islamique de Mauritanie Sur la belle piste de Kolokani bordée d'immenses Baobabs, de champs de mils, et Sorgho à perte de vue nous allons bifurquer par Diema puis Nioro du Sahel pour la remontée en Mauritanie. Nous avions choisi cette option afin d'éviter les fastidieux contrôles de police et de douane de Ayoun-e -Atrous. Notre arrivée par la piste de Tintâne fut difficile nous avons retrouvé une végétation saharienne et très sablonneuse à l'image de la Mauritanie. Le passage de 12 000 Kilomètres fut pour nous le commencement de quelques problèmes sur le Land. Le matin, 2 boulons qui tenaient le ski de protection avant, o­nt été sectionnés, ce qui a tordu les pattes de fixation. A midi pour la troisième fois du voyage nous avons eu la serrure de la porte arrière bloquée par la poussière et en fin de journée nous avons percuté une vache de plein fouet et quelques heures de main d'oeuvre pour redresser notre Land. Le matin nous avons retrouvé le mauvais goudron. Au passage de kiffa, reçus par le commissaire principal, il nous souhaite bonne route. Le seul problème c'est que la route est inexistante! N'ayant plus d'embrayage, je démarre troisième courte enclenchée puis passe les longues en roulant ce qui me fait deux vitesses. Nous progressons à une moyenne de 20 à 30 kilomètres heure. Le lendemain je casse un amortisseur arrière, puis l'échappement en trois morceaux. Ce n'est pas grave, ça roule toujours et finalement o­n fait très couleur locale... Enfin o­n sort de cette mauvaise piste mais voilà mon disque d'embrayage qui me lâche! Tiré avec une simple sangle pendant 360 kilomètres avant d'atteindre Nouakchott ou un sérieux Lifting sera effectué sur le Land.
(Remerciement au garage Europe Service à Nouakchott route de l'Aéroport. Passionnés de Land et Possesseurs de deux Ranges, se sont des Normands installés à NKC depuis 1991)
Départ, pour la difficile remontée par le banc d'arguin, le marnage étant faible, les creux laissés par les vagues sont importants, nous roulons souvent dans l'eau, la consommation s'en fait ressentir. En direction de la frontière Marocaine nous coupons la voie de chemin fer au PK 62, notre sortie de Mauritanie, puisque maintenant la remontée est autorisée. Toutefois pour éviter le contrôle au bouchon nous prenons la piste de l'ancien goudron espagnol jusqu'au poste frontière Marocain où nous attendrons près de 2h la venue du Capitaine marocain qui ouvrira le barbelé en nous souhaitant la bienvenue. Une attente de 24h au parking en compagnie des Sahraouis, le temps de faire un peu de mécanique, et de partager des choses simples comme un morceau de chèvre. Puis une remontée dans un convoi disloqué vers Dakhla. Le lendemain, les passeports récupérés à la Sûreté Nationale, nous effectuons les formalités de Douane et sommes en règle en moins de 2h. Dakhla est aussi le paradis des 88 et 109 en tout genre, ils règnent en maître, de toutes les couleurs dans toutes les versions mais toujours entretenus car ici ils sont avant tout un outil de travail.

Le voyage arrive à son terme, nous remontons le Maroc, c'est la fin du continent Africain et de ses espaces immenses , nous n'oublierons jamais tous ses sourires éclatants, toutes ces mains levées en signe de bonjour et de bienvenue. Bonne route!




Cet article provient de Landmania
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