Apyworld - Carnets de voyages

Une envie de découvrir le monde, de provoquer des rencontres et de partager cette aventure. 12 mois de préparatifs, 14 mois de voyage entre l’Amérique du sud et l’Asie du sud-est en Land Rover. Un tour du monde, oui mais pas seulement. Le souhait d’apporter à des enfants une ouverture d’esprit sur les autres, leur montrer les différences culturelles et de mode de vie d’autres enfants, écoliers à l’autre bout du monde. Tout un programme pour Pierre-Yves et Ariane...

Quelques extraits de notre carnet de voyage en Argentine, en Bolivie et en Iran...

Argentine - Sur la route vers la Terre de Feu
(27 octobre 2005)
Après la Péninsule Valdès, nous avons partagé un moment extraordinaire et inoubliable avec les centaines, voire les milliers (un million soi-disant !) de pingouins de Punta Tombo : coucher de soleil insolite sous les chants de ces petits pingouins pas farouches et nuit magique, seuls dans cette réserve naturelle où les gardes nous ont autorisés à dormir. La route vers Punta Tombo nous aura valu notre première crevaison… hé oui, il fallait bien commencer un jour : 30 mn d'exercice sur le bord d'une piste poussiéreuse et ventée pour ce changement de roue. Autre instant d'exception : dans une estancia (ferme), nous avons été invités à assister à la tonte du début du printemps des moutons de Patagonie. (...) 1 000 km nous séparent alors d'Ushuaia… (...) Nous partons par les pistes vers La Terre de Feu, traversons le Détroit de Magellan par le bac… et découvrons les pistes chiliennes. Le paysage a changé, les routes sont sinueuses et vallonnées… mais encore et toujours des moutons. La pampa et ses grandes étendues de terres a laissé la place à une steppe aride. La température continue de descendre la nuit mais le soleil chauffe toujours de plus en plus fort en journée. Les montagnes pointent leur nez à l'horizon, le temps est au grand beau et c'est dans ces conditions, par une superbe piste, que nous arrivons au bout du monde, Ushuaia est là, sous nos yeux, sous nos pieds, on croit rêver…

Ushuaia S 54°40.541' W 068°34.895' (29 octobre 2005)

" El fin del Mundo, el principio de todo " c'est la devise de cette ville du bout du monde ! Ushuaia : 4 jours de grand ciel bleu, 1 jour de gris et pluie, le climat n'est pas si rude que ça finalement. Nous sommes surpris de découvrir une ville de 60 000 habitants qui ressemble étrangement à une station de ski au niveau de la mer, avec des sommets blancs et des maisons colorées en tôle ou en bois. Visites du Bagne, de l'Aquarium, du Musée du Bout du Monde, du Parc National de Terre de Feu… L'eau du Canal de Beagle, qui borde la ville, est étonnamment calme (...) Nous ne sommes pas tout seuls pour découvrir cet endroit si insolite, avec son phare rouge et blanc " Les Éclaireurs ", les montagnes enneigées qui nous entourent, les lions de mer et les cormorans royaux tout près de nous…(...) Nous savourons le plaisir d'être au bout du monde, sensation particulière de savoir que notre voyage n'ira pas plus loin… dans cette direction.

Bolivie - Le Salar d'Uyuni (19 février 2006)

Sans doute l'un des plus beaux endroits que nous aurons le plaisir de découvrir durant notre voyage… C'est le désert de sel le plus grand du monde. Il est actuellement recouvert d'une fine couche d'eau (saison des pluies) et nous avons l'impression de naviguer sur un lac en voiture. Nous hésitons à nous lancer avec Apyland sur ce salar, la corrosion étant très importante, les agences de voyage nous le déconseillent. Nous prenons plusieurs avis et nous nous lançons finalement en fin d'après midi. La piste nous mène au centre d'une étendue d'eau, les montagnes, le ciel et les nuages se reflètent à sa surface, le temps est au beau fixe. Nous sommes impressionnés par ce paysage grandiose mais aussi inquiets de pénétrer cette eau plus profonde que nous ne le pensions. Nous sondons avec les pieds, plus de 15-20 cm d'eau et le fond a bien l'air meuble. Nous sortons le GPS et nous apprêtons à vivre la plus haute navigation de notre vie.
Attention, cap au 270, on enclenche la première et c'est parti. Nous voilà sur l'eau, nous apercevons des pyramides de sel, et le salar à perte de vue. Notre sillage est bien droit, à bâbord des montagnes, à tribord des montagnes et droit devant, l'horizon. Nous arrivons après une courte traversée à l'Hôtel de Sel où nous passerons la nuit. Un hôtel construit en briques de sel, sans grand confort mais tellement insolite. Nous apprécions de vivre ce coucher de soleil, seuls au milieu de ce lieu magique, et partageons le dîner avec quatre jeunes Japonais. L'hôtel est dépourvu d'eau et d'électricité. Nous passons la soirée à la bougie et allons nous coucher dans des draps… pleins de sel. Lever du soleil, avant l'arrivée des groupes en 4x4... Le salar est d'un blanc éblouissant. Nous avalons notre petit-déjeuner et partons sur le salar, toujours vers l'Ouest. Nous ne pourrons malheureusement pas aller bien loin, sur la Isla del Pescador. Le salar est trop inondé en ce moment et le passage serait périlleux, voire impossible. Nous revenons sur nos pas et regagnons le continent, la piste et la ville d'Uyuni. Le lavage de la voiture est nécessaire, elle est totalement recouverte de sel, le châssis est tout blanc et de drôles de bruits nous laissent croire que le sel a pénétré tous les recoins. Deux jeunes nous proposent un nettoyage très haute pression du châssis et un " fumigador ". Il s'agit d'asperger entièrement le dessous de la voiture avec de l'huile de vidange afin d'éviter toute corrosion.
L'Iran (20 juillet 2006)

Nous arrivons d'Inde (...) La frontière Pakistan-Iran est située dans le désert du Belouchistan, une région rude et aride, où une atmosphère d'insécurité plane. Nous pensons à l'éventuelle panne, aux mauvaises rencontres que nous pourrions faire… et nous nous demandons bien ce que nous allons découvrir ensuite… Les postes de douane sont installés sur des terrains vagues où de nombreux camions stationnent de manière anarchique. C'est la pagaille : beaucoup de bagages sur le sol, des groupes de femmes en tchador noir, dont on ne voit que les yeux, les mains et les pieds, et des hommes collés au guichet de l'immigration. Ariane revêt son voile qu'elle gardera en permanence en Iran. Nous bénéficions d'un traitement de faveur, un officier nous prend en charge et nous fait doubler toute la file d'attente. Nous comprendrons plus tard qu'il y a en fait un bureau d'immigration particulier pour les étrangers. Les Iraniens ont l'air sympathiques à première vue. Nous sommes surpris par leur attitude décontractée et le fait qu'aucun ne soit rasé. Aucune fouille ne nous est réservée, un douanier s'assure juste que nous n'ayons pas de tapis. Nous constatons à nouveau l'impact considérable que le football peut avoir sur nos échanges avec la population. Zidane nous aidera d'ailleurs souvent à faire comprendre que nous sommes français. Il fait 44 degrés à notre arrivée en Iran, une escorte militaire nous attend déjà… Nous devons nous rendre ensemble à Zahedan, la première ville après la frontière, afin de changer de l'argent et faire le plein de gasoil. Les retraits ou paiements par carte de crédit internationale ne sont pas possibles en Iran, seul le cash est accepté. C'est vendredi, équivalent du dimanche dans ce pays musulman, ce qui ne facilite pas les choses.Sur la route, notre escorte s'arrête devant nous et nous prie de nous garer. Ils ont repéré une voiture arrêtée sur le bord de la chaussée. Les trois militaires descendent, armés jusqu'aux dents, et se positionnent pour assurer notre défense. Quelques instants plus tard, nous redémarrons et notre escorte nous quitte pour poursuivre sur les pistes cette voiture suspecte qui prend la fuite. Nous continuons alors notre route, seuls, pas très rassurés, avant de retrouver 10 km plus loin une nouvelle escorte : une moto cette fois avec deux militaires et leur inséparable kalachnikov. Il ne sera pas évident de nous faire comprendre, personne ne parlant anglais et nous pas un mot de farsi.
Nous serons guidés dans une station service pour faire le plein : 105 litres de gasoil, offerts gracieusement (!), le tout représentant 1,65 euros (!!). Toujours accompagnés de militaires, nous parviendrons ensuite à changer 100 dollars dans la rue, à un vieux monsieur ayant les poches remplies de billets. En échange de notre billet vert, nous repartons avec 880 000 Rials, une quarantaine de billets (1 euro = 10 000 Rials environ). Les escortes vont se succéder avec des attentes interminables entre chacune : des motos nous imposant de rouler à 30 ou 40 km à l'heure, des vieilles voitures, des pick-up… puis nous serons priés de les doubler et ne retrouverons pas de relève ensuite. La température atteint 47 degrés, nous venons de battre notre record… Nous n'avons plus d'eau et il n'y a aucune vie sur cette route que nous parcourons depuis des heures : un désert avec des montagnes grises en toile de fond où nous imaginons l'Afghanistan de l'autre côté. Nous retrouvons la joie de conduire à nouveau à droite, découvrons la voiture traditionnelle iranienne, la Paykan, et sommes salués par de nombreux camionneurs. (…) N'ayant obtenu qu'un visa de transit de 7 jours pour traverser 3 000 km dans ce vaste pays, nous ne nous attardons pas à Bam…

Notre route vers Kerman puis Shiraz traverse des paysages variés : des montagnes - 2 740 mètres notre point culminant - des lacs salés, des oliviers, des amandiers, et des tournesols. (...) A Shiraz, nous tentons avec succès de faire proroger nos visas et nous nous voyons accorder 10 jours supplémentaires au bureau d'immigration pour prendre le temps de visiter l'Iran. Au programme : Shiraz, Esfahan, Montagnes de l'Alborz et la Mer Caspienne jusqu'à La Turquie. Nous aurons l'opportunité de discuter facilement avec les habitants de Shiraz, les Iraniens étant très avenants. En faisant le change dans une banque, nous aborderons, avec une jeune femme, le sujet du voile (le hidjab) que toutes les femmes sont tenues de porter dès l'âge de 9 ans, depuis la révolution islamique de Komeini dans les années 80. Elle nous expliquera son point de vue : une femme est comme une perle et son voile la préserve des dangers extérieurs, en l'occurrence du regard des hommes. Nous aurons d'autres occasions d'évoquer le port du voile et constaterons que la majorité des femmes iraniennes souhaiteraient s'en passer. Cependant, tout espoir de changement concernant le port du hidjab ne semble pas d'actualité. Le code vestimentaire s'est assoupli ces dernières années : le tchador (longue robe, qui signifie " tente " en farsi !) et la couleur noire ne sont plus obligatoires. Aujourd'hui, selon la Charia (loi islamique), une femme ne portant pas le voile en Iran serait arrêtée. A Shiraz, nous verrons plus de fantaisie qu'ailleurs dans le choix des couleurs et des motifs des voiles. Les femmes sont excessivement maquillées, sans doute pour compenser quelque chose. Elles semblent assez indépendantes et modernes. Nous visitons à Shiraz notre première mosquée, avec sa grande cour intérieure et ses belles mosaïques, la seule où Ariane devra revêtir un joli tchador à fleurs. Nous nous perdons dans les arcades du bazar, entre les tapis persans, les bijoux, et l'artisanat avant de goûter dans une maison de thé un dizzi (soupe de légumes et de viande cuite servie dans un petit pot de terre).

Nous suivrons la finale de la coupe du monde France-Italie, avec les commerçants de la rue, à l'hôtel. Les Iraniens qui nous entourent semblent tous pour l'Italie mais la popularité de Zidane nous confère un profond respect. Ce match se terminera, comme le monde entier le sait, aux tirs au but, après le carton rouge de Zizou, et par la triste défaite de la France. Nous aurons pris conscience des retombées positives du sport dans le monde, et de l'image que cela peut donner d'un pays à l'étranger. Nous découvrons les senteurs de l'Iran à travers les jardins de Shiraz, le parfum de la rose et de la fleur d'oranger dominant. Dans le jardin Bagh-e-Afif Abad et son palais, nous rencontrons de jeunes étudiantes en art, avant de déguster un thé dans l'ambiance très orientale d'une maison de thé. Nous serons de nouveau invités à partager le thé avec un groupe de jeunes dans le jardin Aramgah-e-Hafez où repose le poète iranien Hafez. Chaque Iranien posséderait en plus du Coran, un livre de ce poète. Nous discuterons longuement sur l'Iran, leur première préoccupation étant de connaître l'image de leur pays à nos yeux. Ils auraient en fait peu d'échos, les chaînes de télévision câblée étant interdites et les connections internet étant filtrées en Iran. L'alcool est interdit depuis la révolution islamique. Le célèbre plan de vigne donnant le vin rouge Shiraz n'y est donc plus cultivé. Les vignes ont été arrachées et aucun alcool n'est disponible en vente libre. Il semblerait qu'il soit de coutume de boire de l'alcool lors de soirées privées, un marché noir étant organisé . Nous quittons Shiraz au troisième matin.

Sur la route, nous subissons le premier accrochage de notre voyage avec une autre voiture qui, après nous avoir doublé, freine violemment et volontairement devant nous, sans aucun motif. Nous butons très légèrement le pare-chocs arrière de ce pick-up et décidons de ne pas nous arrêter avant d'être rattrapés par le chauffeur, fou furieux, et prétendant appeler la police. Un attroupement d'une vingtaine d'hommes se forme immédiatement autour de nous, chacun prenant part à l'incident qu'aucun n'a vu. Nous doutons rapidement de la bonne foi de cette homme, notre pare-chocs étant beaucoup plus élevé que la hauteur de l'impact sur sa voiture et nous flairons l'embrouille. Toutefois il nous est impossible de quitter les lieux. Après négociation, passant de 200 à 50 dollars de dédommagement à l'amiable, un homme nous demande de partir sans rien payer, retenant le chauffeur. Il semblerait que cette pratique soit habituelle en Iran, certains conducteurs peu honnêtes provoquent un accident pour se faire refaire leur vieille voiture. Heureusement, les badauds ont pris notre défense. (...) En plein centre du pays, nous goûterons pendant deux jours à la magie d'Esfahan (ou Ispahan) à travers les nombreuses mosquées dont les dômes de mosaïques bleues éblouissent, les fontaines de la Place Emam Komeini, le Grand Bazar vieux de plus de mille ans, les romantiques ponts de pierre, le parc longeant le canal où les jeunes couples se tiennent la main librement et où les familles se réunissent pour un pique-nique sur un tapis persan, le quartier arménien et ses églises… Les invitations à prendre le thé fusent, du marchand de tapis aux autres commerçants, et nous apprécions cette hospitalité.
Certains jeunes Iraniens ont simplement envie de pratiquer leur anglais et nous abordent facilement en marchant pour nous parler un peu des coutumes de leur pays. La première question lors de nos rencontres est toujours : " Etes-vous mariés ? ", ce que nous affirmons - pour nous rendre la vie plus facile en Iran - et ils enchaînent immédiatement en nous demandant si nous avons des enfants. Face à leur étonnement, voire incompréhension, comme nous n'en avons pas, nous répondons que nous en aurons l'année prochaine… ! (...) Nous choisissons de contourner la capitale, Téhéran. (...) Nous empruntons une jolie route de montagne pour rejoindre la Mer Caspienne. De nombreuses terrasses ombragées bordent la rivière avec tapis et coussins. Dans la fraîcheur des montagnes, nous dégustons une bonne truite grillée avant de redescendre sur la côte et d'apercevoir l'eau bleue de la Mer Caspienne. (...) Hommes et femmes se baignent séparés, un rideau partageant les zones de baignade. Les femmes se baignent toutes habillées en conservant bien sûr le hidjab. Les plages de galets ne sont pas très propres et n'invitent pas à la baignade, nous n'y tremperons que le bout des pieds. Nous quittons la côte pour regagner la montagne et le village de Masuleh. Les rizières et les jardins de thé bordent la route. Masuleh est accroché à la montagne et nous séduit dès notre arrivée avec ses escaliers, ses rues en labyrinthe sur les toits, ses terrasses et son atmosphère paisible. (...) Nous empruntons notre première piste en Iran, à travers la montagne, pour rejoindre le village de Khalkhal, sur notre route en direction de Tabriz, dernière grande ville iranienne avant la frontière turque. (...)
Les campagnes de l'Iran sont très belles et invitent facilement aux rencontres. Dans un village sur la piste, en s'arrêtant pour faire quelques photos, un vieil homme nous invite à boire le thé, tenant fièrement la main de Pierre-Yves dans toute la rue menant à la maison de thé. Nos bivouacs à suivre nous réserveront également de belles rencontres : avec des paysans qui nous offrirons tellement d'abricots que PY se mettra à faire des confitures ; avec ce jeune agriculteur nous faisant faire la visite de son verger et nous proposant d'adopter sa petite fille de 3 ans ; ou encore avec ce jeune berger ne parlant que farsi qui ira chercher son guide de conversation anglais/farsi pour communiquer avec nous. Les Iraniens sont d'une grande générosité. Nous nous faisons même offrir nos oignons et nos radis sur le marché, et ne comptons plus les thés offerts.
Nous quittons l'Iran sur l'image de ces rencontres inattendues… Nous nous sommes posés bien des questions sur l'Iran avant de venir et nous ne regrettons pas une seule seconde notre choix. Nous avons dépensé 300 dollars en 15 jours, carburant compris, pour plus de 3 000 km, c'est le pays le plus économique de notre voyage. Mais surtout… jusqu'à présent, l'Iran évoquait pour nous la guerre Iran/Irak des années 80, la révolution islamique et Komeini, les femmes voilées et plus récemment un pays dont le monde entier se méfie à cause de l'arme nucléaire… Les portraits de Komeini et son successeur sont effectivement à tous les coins de rues et la Charia est toujours en vigueur, mais ce pays nous aura finalement surpris tout au long de notre visite, tant par la beauté de ses paysages, la splendeur des dômes des mosquées de mosaïques bleues, la discrétion et l'hospitalité des Iraniens, l'ambiance orientale qui se dégage et le parfum inoubliable des jardins... "
Textes et photos : Ariane & de Pierre-Yves

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