Expédition Soudan - 2004


Un projet audacieux au Soudan, Paul Lejeune nous rapporte de splendides images d'un pays méconnu, aux richesses archéologiques colossales. Suivez-le sur les traces de sa mission au Soudan qu'il a mené dans les déserts de Haute Nubie, à Karthoum, jusqu'à Suakin, sa destination finale. Paul nous dévoile les archives du temps...


Le Soudan est le plus grand pays d'Afrique (plus de 8% du continent, 1/4 de l'Europe). La capitale, Khartoum, se situe à la confluence du Nil Bleu venant du Sud-Est et du Nil Blanc venant du Sud-Ouest.
Longtemps en guerre dans le Sud, le Soudan a été oublié et négligé par le tourisme. La paix revenant aujourd'hui, nous pouvons enfin tourner notre regard vers ce que furent les civilisations les plus brillantes au monde et découvrir le Royaume de Kerma, de Napata, de Méroé, les routes du pays de Pount, de l'Empire de Saba et celui d'Axoum
Le Nil lui-même et le désert environnant offrent des possibilités énormes de sport-aventure en remontant le fleuve en Félouque par exemple, ou en le longeant en véhicule tout-terrain.
Bordé à l'Est par la Mer Rouge, le Soudan enfin, recèle un paradis perdu au large de Port Soudan et de Suakin, ancienne ville portuaire abandonnée depuis 1904 : les routes maritimes des anciens Egyptiens, les récifs de coraux, une faune et une flore exceptionnelles.

Objectifs de l'Expédition

  • Reconnaissance des sites archéologiques le long de la vallée du Nil en Haute-Nubie et des sites de plongée en Mer Rouge au large de Port Soudan et de la presqu'île de Suakin.
  • Organiser des voyages pour des groupes de 15 à 20 personnes dans l'optique d'allier la cullture à la partique du sport-aventure.
  • Intéresser les sponsors afin d'installer, sur place à proximité des sites archéologiques et/ou au bord de la Mer Rouge, une base de centre de vacances et une ferme modèle en profitant des ressources naturelles de la région : l'eau et le limon fertile du Nil, le soleil le plus chaud de la planète, la proliférante jacinthe d'eau, propice à la méthanisation
  • Attirer des missions archéologiques et reconnaître avec elles les pistes pharaoniques et les routes maritimes vers le pays de Pount.
Soudain, le Soudan !
Pourquoi voyager au Soudan aujourd'hui ? C'est, selon les médias occidentaux, un pays en guerre, pauvre et miséreux, refuge de dangereux terroristes islamistes et fanatiques, appliquant un régime sévère à sa population. Pourtant, quand on s'y rend, les habitants vous accueillent avec le sourire et beaucoup d'enthousiasme. La foule soudanaise est paisible, sereine, peu bruyante et pleine de dignité : personne ne vous importunera et vous ne serez pas considérés comme des "bêtes curieuses".
La guerre dans le Sud ? "Elle finira bien un jour. Inch Allah !". Ici tout le monde le souhaite. D'ailleurs, les accords de paix sont en cours de négociation.
Les troubles avec l'Erythrée, le Tchad ? Ceux-là vont aussi se résoudre. On a découvert du pétrole au Soudan et bien évidemment, cela suscite les convoitises.
Certes le pays est victime d'un blocus à caus eduquel il peine à se développer. En vérité, certains grands pays ont tout intérêt à maintenir ce blocus inique jusqu'à ce que le Soudan tombe dans leur escarcelle...
Mais les soudanais sont fiers et veulent préserver leur indépendance et leur mode de vie à tout prix. Les Noirs, les Arabes, les Chrétiens, les Musulmans se côtoient en harmonie et pourraient constituer un exemple de tolérance pour bien de nos populations occidentales.
Finalement, ce pays est riche et dans peu de temps, il s'offrira, fidèle aux racines de ses grandes civilisations antiques en un vaste territoire avec de multiples sujets d'émerveillement à qui voudra ouvrir les yeux et découvrir un nouveau monde, plein d'imprévus.
C'est à ce fabuleux voyage que nous vous convions, les premiers, sûrs de notre intuition, pour vous conduire aux confins du Royaume de Saba, aux portes de l'Afrique, dans l'immensité des déserts et les fonds marins parmi les plus beaux du monde. L'histoire et l'aventure sont au rendez-vous, que ce soit dans la vallée du Nil ou dans la barrière de corail de la mer Rouge. Plus tard, nous nous enfoncerons en Afrique équatoriale en remontant le Nil, persudés de découvrir des splendeurs que nous n'osons encore soupçonner.

Paul Lejeune, l'auteur de ce reportage.
Karthoum
L'histoire commence à Karthoum, la capitale qui grandit à une vitesse vertigineuse autour de la confluence des Nil bleu et blanc. Aujourd'hui, en 2004, sa population atteint presque 4 millions d'âmes. Vous pourrez flâner le long du Nil, où les amoureux viennet goûter la douceur et la sérénité du grand fleuve, de l'université à la pointe de Mogren (la confluence).
On franchira alors un pont qui nous mènera à Ondurman, la véritable capitale du Soudan. Les marchés, la vie économique, tout se règle ici.
C'est aussi la dernière demeure d' "El Mâhâdi", réformateur islamique et Saint Homme du Soudan qui jouit, aujourd'hui encore, d'une très grande popularité. Il a mené une révolution contre la domination turque et le pouvoir colonial britanique à la fin du XIXè s. Le Général anglais Gordon, commandant Karthoum, retranché dans l'actuel palais présidentiel face aux forces de Mâhâdi qui avaient contrit un fort sur la rive opposée, paiera de sa vie sa résistance héroïque autant qu'inutile, puisque le gouvernement anglais avait décidé de ne pas le secourir.
Musée National - Naga - Mussawarat-es-Sofra
D'abord commençons par explorer le temps en visitant le Musée National. Vous pourrez y les pharaons de la XXVè dyn. qui ont régné du milieu du VIIIè. s. jusqu'au milieu du VIIè. s. av. n. è. sur l'Egypte toute entière, mais aussi les Royaumes de Méroé et du Kerm au IVè s. de n. è., jusqu'il y a 300.000 ans en passant par la colonisation égyptienne. Soleb, Seidinga, et la Haute Nubie, le Gebel Barkal et le Royaume de Koush.
Ensuite, nous prendrons la route du Nord-Est, vers le Royaume de Méroé. La première étape, Naga, se trouve à environ 150km sur la route asphaltée au Wadi Ben Naga et à partir de là, 50km de piste vers le Sud-Est.
C'est un endroit complètement perdu, jamais atteint par les égyptiens et, pourtant, leur influence est bien présente : temple précédé d'un dromos, temple à pylone, kiosque gréco-romain. Quelle n'est pas notre surprise de constater que sur le pylone du temple dédié à Apédémak, la reine est représentée à l'égale du roi et dans la même posture de terrassement des ennemis ! Les soudanais sont-ils allés encore plus loin que les égyptiens dans l'idée d'égalité entre hommes et femmes ?
Méroé
A la tombée du soir, nous reprenons la route du Nord-Est, vers Méroé. Le soleil brûle de ses derniers feux et la nuit étend son manteau noir sur les pyramides quand nous arrivons à notre première destination. L'aube fraîche du matin fiffuse ses premiers rayons de lumière sur une nécropole oubliée et pourtant rassemblant près de 200 pyramides. C'est un spectacle grandiose, magique, envoûtant. On voudrait rester là et goûter l'éternité.
Mais ils faut repartir, franchir une première fois le Nil et se lancer à l'assaut du Désert de Bayuda. C'est un immense désert, chaud, brûlant même, aride, dangeureux mais subjugant. Toujours ce calme, cette solitude, cet oubli...
Le Gebel Barkal
Et puis, on traverse une nouvelle fois le Nil et, après quelques centaines de mètres dans les sables, on découvre la merveille des merveilles : Le Djebel Barkal. C'est le tertre primordial, celui qui confère la royauté à tout pharaon sur les Deux-Terres, la Haute et la Basse Egypte.
Après s'être remis de ses émotions, on commence le périple autour du Djebel : ce sont d'abord les pyramides des derniers rois de Napata, et devant le Djebel, le temple d'Amon avec tous les autres temples attenants. Ils sont tous très ruinés mais pourtant, leur magie opère encore.
Recueillons-nous avec Taharqa, 3ème pharaon de la XXVème dyn. et faisons offrande, avec lui, de notre éblouissement au Dieu Amon, caché dans la Montagne Pure. Puis grimpons au sommet de la montagne pour y admirer la vue sur la vallée et le Cobra royal qui s'y dresse toujours majestueusement.
El Kurru
Nous nous remettons en route vers le Sud-Est, vers El-Kurru où nous visiterons la dernière demeure terrestre, le demeure de l'or de Tanoutamon et celle de sa mère Kahalta, dernière reine d'Egypte. Nous reprendrons ensuite notre chemin vers l'Est, non sans être restés admiratifs devant les scènes rupestres des tombeaux et les textes du livre "Sortir au Jour" erronément appelé "Livre des morts égyptien".
C'est encore le désert qui nous attend et, comme les pistes sont inexistantes, nous suivrons la ligne de chemin de fer. Au passage, nous remarquerons les travaux de construction du barrage de la IVème cataracte qui, une fois terminé en principe en 2008, engloutira cette dernière.
La Vème Cataracte
La piste est dificile pour arriver à Habu Ahmed et c'est à l'issue d'un chemin parfois caillouteux, parfois sablonneux, souvent inexistant, qu'on arrive à proximité de la Vème Cataracte et qu'on découvre un paysage majestueux, presqu'inviolé, un paysage des premiers temps de l'humanité.
Si on se souvient des scènes de l'Ancien Empire dans les mastaba de Guizeh avec les fourrés de papyrus au bord du Nil, le vol des ibis, on a l'impression d'avoir régressé de 5000 ans...
Puis on reprend la route vers Atbara, ville de 300.000 habitants, à la confluence du Nil et de l'Atbara. Il y a là, au sortir de la ville, un très impressionnant cimetière de trains.
Atbara - Port Soudan
Si on revient vers cette ville, c'est pour plonger plein Est, à nouveau à travers un désert extrêmement chaud et aride, vers Port Soudan, le but ultime de notre voyage. Au début de ce dernier périple, nous sommes salués par une bande de vautours : le symbole de la déesse Nekbeth qui nous protège ?
En tout cas, à l'issue du désert, la route asphaltée cette fois, nous emmène 200km plus loin enfin à Port Soudan. On y prend la mer pour les sites de plongée.
A deux heures de bateau de Port Soudan, à Sanganeb, se trouve un phare encore en activité aujourd'hui et autour duquel, on peut découvrir une faune et une flore exceptionnelles, sans compter les épaves qui jonchent les récifs coraliens des côtes du Soudan.
Enfin, on termine
par l'excursion tant attendue à travers les ruines de la presqu'ïle de Suakin.

Le projet Suakin
Lors de notre expédition, nous avons noué des contacts à Karthoum et à Port Soudan qui nous laissent espérer de pouvoir construire quelque chose au Soudan, notamment en y installant une base marine sur l'ïle de Suakin. Nous pourrions soumettre une demande au gouvernement soudanais qui aurai, par exemple, le soutien de certaines autorités portuaires.
Suakin est une ville construite sur un île ou plutôt une presqu'île, située au bout d'un profond bras de mer. On y accède par une jetée qui la relie à la terre. Avant que Port Soudan ne devienne le grand port africain qu'il est aujourd'hui, Suakin était le port principal. Il semble que dès le Xème s. av. J-C. et peut-être bien avant, ce dernier était utilisé comme port de commerce.
Le pharaon Ramsès III l'aurait sans doute utilisé à cette fin. En effet, il est logique de penser que les égyptiens, grands consommateurs de denrées de luxe et de produits précieux, auraient emprunté eux-mêmes les routes maritimes le long des côtes de la Mer Rouge plutôt que de se risquer le long du Nil aux routes dangeureuses, parsemées de populations parfois très hostiles.
Tout au long des siècles, Suakin ne cessa de se développer et, quelques siècles plus tard (XVème s.), devint le port africain le plus important de la Mer Rouge.
Pendant cette période, de nombreuses maisons d'une grande finesse architecturale furent construites avec de la pierre de corail. Les murs intérieurs étaient chaulés. Souvent composées d'au moins deux étages. Elles sont dotées de grandes fenêtres révélant des talents en charpenterie. Seule la mosquée était de plein-pied.
Le déclin de Suakin commence avec l'arrivée, début du XXè S., des bateaux à vapeur et l'évolution du négoce. Le canal étroit, déjà étranglé par le corail, devint impraticable pour les grands bateaux. Il fallut se résoudre à construire Port Soudan, 60km plus au Nord.

Aujourd'hui, la cité est en ruine, exceptée les douanes, la Mufafaza, l'ancienne résidence du gouverneur et une mosquée. Faute d'entretien et d'argent, les belles demeures sont devenues des tas de pierres. Suakin est pourtant un lieu unique et en même temps très différent du reste du Soudan. On peut l'atteindre par une chaussée que le Général Gordon avait fait construire en 1877, par des bagnards. Cette chaussée est délimitée par une porte monumentale à deux tours. A son apogée, Suakin exportait de l'ivoire, de la gomme, du sénné, de l'or, des plumes d'autruche, du coton, de l'huile de sésame et du bétail. Elle importait du sucre, des bougies, du savon, du riz, des vêtements de Manchester, de la coutellerie et des métaux de Sheffield et de Birmingham. En 1885, à la chute de Karthoum et à la mort du Général Gordon, Suakin fut la base du second corps expéditionnaire britannique, fort de 13.000 hommes de troupe.
Quand en 1898, le Soudan passa aux mains des Britanniques et des Egyptiens, ceux-ci veillèrent au développement du port de Suakin, mais cela ne servit à rien, et en 1928, la majorité des négoces quitta définitivement Suakin pour Port Soudan.

Aujourd'hui, une chance exceptionnelle s'offre à nous : Faire revivre Suakin.
Restaurer d'abord quelques bâtiments, construire un ponton et faire venir un bateau. Voici jetées les bases de la plus belle marina du monde. Nous pourrons alors propose des stages de plongées en Mer Rouge dans des sites pratiquement inexplorés.
Ce sera également le point de départ de la recherche d'épaves, au bord des récifs de corail, le long des côtes. La Mer Rouge doit très vraisemblablement en contenir beaucoup. Avec un matériel approprié, nous devrions découvrir de véritables trésors.
Suakin, par sa position stratégique, devrait enfin nous permettre de nous lancer dans le désert à l'Ouest et réaliser un de nos objectifs : programmer des voyages dans la vallée du Nil qui se clôtureraient par des séjours en Mer rouge.
En fait, aller au bout de ses rêves...

Textes et photos :
Paul Lejeune




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